Musique du lieu

en projet pour 2017 aux Terrasses Saint Régis

Eric Cordier, musicien
Denis Tricot, sculpteur
Eric Cordier et Denis Tricot, photographies

 

 

Projet de co-écriture porté par Denis Tricot sculpteur et Eric Cordier musicien, Musique du lieu cherche à révéler et faire sonner les qualités acoustiques d’un site dans le contexte sonore qui lui appartient. Denis Tricot explore, avec ses arcs de peuplier de 3 mètres et à travers la sculpture gestuelle, les sons que peuvent produire les matériaux et acoustiques d’un site. Naissent, par le contact du bois et des cordes avec les divers éléments, des matières et textures sonores. Eric Cordier de son côté capte les sons que révèlent les arcs et ceux de l’environnement. Dans son écoute active, il engage une prise de son dynamique qui interagit avec la production sonore des arcs et du lieu. Le jeu qui s’installe entre les deux partenaires les amène à la production d’une musique qui puise ses voix dans le lieu. Musique de rencontre entre matériaux, elle est issue du mouvement, celui de l’exploration, de la manipulation experte des arcs et celui de l’enregistrement dynamique. Les deux artistes, dans l’oeuvre commune, créent la musique du lieu. Promenade d’Artiste qui produit les créations de Denis Tricot est conventionnée par la Région Nouvelle Aquitaine. Mortagne-sur-Gironde (17) accueille les résidences à l’Etoile, base pour l’expérimentation artistique.

 

Musique du lieu dans les paysages de Fay-sur-Lignon

Projet pensé pour permettre à 8 stagiaires de suivre et accompagner un travail transversal de création dans le paysage.
Durée 7 jours, arrivée un dimanche et départ le lundi 8 jours plus tard. Stagiaires libérés le samedi soir.

 

Programme

Lundi
matin

présentation du projet, prise de contact 1h
1ère séance d’enregistrement 3h Les stagiaires à la photo, au dessin, à l’écriture pour collecter l’action et les lieux de l’intervention.

après-midi
Eric, transferts des sons collectés le matin Denis, 2h avec les stagiaires sur la mise en son de la nature, la musique des bruits et des matériaux, la photographie des actions et des paysages.

Mardi
matin

E + D dérushage 3h
stagiaires participent à l’écoute et-ou mènent une exploration sonore en intérieur ou extérieur

après-midi
2ème séance d’enregistrement 4h Eric, transfert son, Denis, avec stagiaires, séance de choix photos et autres documents chroniquant l’exploration sonore

Mercredi
stagiaires projet land-art avec Dominique
E + D, 1 jour complet d’écoute et de sélection

Jeudi et vendredi
Eric, mastering avec temps de présentation du logiciel de montage et séances de pratique.
Denis, séances de photo, de musique et de sculpture in situ accompagné de stagiaires
regarder et photographier, dessiner, écrire in situ écouter et faire sonner le paysage.
projet land-art avec Dominique

Samedi
Eric, finition pour 20 mn de musique du lieu, 5 ou 6 plages de 2 à 5mn.

Denis, montage expo avec les stagiaires 18h, vernissage de l’expo au rez-de-chaussée du couvent. Bilan – échange avec les stagiaires

Dimanche expo

 

Les stagiaires participent à des degrés différents aux différentes actions. En matière sonore, on ne peut pas faire une réelle formation pratique à la prise de son, et au mastering, pour des questions de matériel et de temps. Sur ce point, les stagiaires sont un peu plus spectateurs qu’acteurs. Cependant dans le programme, les stagiaires peuvent à tour de rôle, par groupe de 1 ou 2 venir assister aux séances sur ordinateur les mardi matin, et fin d’après-midi/soir, le mercredi matin et après-midi, jeudi matin, vendredi matin, pendant une heure (inscription pour l’emploi du temps). Ils y découvriront à la fois les possibilités du mastering et auront une « lecture » de l’ordre de l’initiation des difficultés / limites de l’enregistrement.

 

Lieux pressentis pour l’exploration sonore

  • le dyke
  • le couvent
  • balcons dans Fay
  • une rue de Fay rivière
  • bosquets sur le plateau

 

La vie fait de la musique, l’oreille fait la musique. Par Denis Tricot

Les vies sont pleines de musiques qu’on n’entend que si on le veut bien. On vit avec, on s’habitue, on les oublie. Mais, si une note déraille ou si un son inconnu s’immisce, tout de suite l’oreille se dresse, s’alerte et se met aux aguets jusqu’à comprendre cet accroc à la musique qui habituellement nous environne. C’est très évident chez soi, dans son lieu de vie. Il vibre, souffle, chuinte, chuchote, grince, frotte et racle très particulièrement. En ville, grande ville, la musique est puissante, trop souvent. Sur mon petit port de Gironde la nuit, le silence se fait matière, presque plus matière que matière sonore. Ce silence là est unique, il est musique et d’une musique qui lui est propre. Le silence du dehors entre par la fenêtre ouverte et transforme en concerto la petite sonate de la maison. Le silence du paysage nocturne se fait vaste surtout lorsque le vent volontiers dominateur manque. Il est plein de la large bande de marais, gorgé de toute largeur de la Gironde et vient sonner en écho sur les falaises. Parlons de Paris, de ce ronflement caractéristiques de tous les sommeils rassemblés avec très tôt la vibration sourde du métro, les trouées violentes de la sirène, le feulement du passage du taxi. L’oreille ainsi peut s’emparer d’un atelier de menuiserie, d’un garage. Ah! l’oreille mélomane du mécano à l’ancienne capable de déceler le moindre cliquetis défaillant d’une soupape, le hoquet des culbuteurs, le souffle au coeur du système d’alimentation. Je me suis souvent interrogé à partir d’un tube musette du tournant des années 60 : « quand je reviens dans le Cantal… à partir de Mauriac je me sens bien ». Qu’est-ce qui fait qu’on se sent chez soi ? L’odeur, la vue du paysage bien sûr mais encore plus la musique de ce paysage. Sans qu’on ait vraiment conscience l’oreille reconnaît. Puissante, elle s’ouvre au connu, reconnu et sélectionne, se ferme à ce qui ne l’intéresse pas ou l’agresse. Elle est capable de se mettre dans une position d’écoute musicale. Le long d’une autoroute, le bruit très fort est perçu tout de suite comme une nuisance mais, un acte volontaire et l’oreille bascule, cherche les qualités des matières sonores et entend-fabrique la musique du passage multiple des véhicules. Lorsque je pousse mes arcs sur une surface, le frottement matière contre matière provoque des vibrations et des sons. En agissant sur les arcs je modifie l’intensité des frottements, déplace le point de rencontre entre les matériaux. Le son évolue. Je cherche les résonnances, les veloutés, les stridences, les feulements, raclements, hoquets, éclats et longs souffles, curieux cliquetis. Métaux, bois, cordes, chaines, surfaces lisses ou rugueuses, c’est passionnant, une vraie traque. Çà s’enregistre mais curieusement fait difficilement musique. Le « passage à la musique » que nous connaissons si bien dans nos lutheries monumentales, nous le retrouvons dans la rencontre entre les intentions de l’enregistreur et les actions de l’enregistré. Pour cela, il est nécessaire que nous soyons équipés chacun d’un casque audio captant le son enregistré. Eric saisit un matériau sonore et le transforme en déplaçant ses micros par rapport au lieu d’action des arcs. J’entends tout de suite l’intension, la recherche de musicalité et je peux y répondre, l’orienter, l’attirer plus loin et ainsi entre micros qui bougent et arcs qui bougent nait la musique commune qui s’intègre au coeur du paysage sonore qui nous entoure. Eric s’empare par la suite de la globalité de ce matériau sonore de base et recompose des pièces électroacoustiques. Elles sont la finalité de nos actions, au plus près de la musique de ce lieu-là dans ce temps-là, peut-être même qu’elles sont cette musique. Denis Tricot – Promenade d’artiste. Musique du lieu. Page 5 sur 10

 

 

Contextes et interactions Par Eric Cordier

La musique du lieu, projet qui croise nombre de ceux qui l’ont précédé, s’inscrit dans une réflexion du musicien que je suis, constante depuis le début de ma carrière. Il se nourrit de mon expérience d’instrumentiste, de mon approche de la prise de son dans l’électroacoustique et le field recording… J’ai débuté à la fin des années 80 à une époque où les moyens d’enregistrements légers commençaient à devenir abordables. J’ai rapidement fait le double constat : que le studio et les simulations artificielles d’espaces (réverbération) étaient les outils d’une époque révolue et que s’ouvraient à nous de nouvelles techniques d’enregistrement. En même temps ma pratique de l’électroacoustique a influencé mon approche de la prise de son. En effet, l’électroacoustique est un champ d’expérimentation permanent et cela a engendré toute une réflexion sur la matière sonore, me conduisant à développer des dispositifs de construction de matières sonores par l’enregistrement, des façons de créer des textures particulières et les respecter. Mon premier disque a été enregistré en studio, mais dès 1990, pour le second, je suis allé dans des églises et en extérieur pour enregistrer, notamment en appliquant la technique du travelling à la musique, un travelling allant de l’extérieur vers l’intérieur par exemple. Et puis la base de la musique électroacoustique notamment concrète est bien de s’attacher à des bruits pour en faire de la musique. Ensuite, grâce aux moyens d’enregistrements légers, j’ai fait du field recording «phonographie», ce qui consiste à traquer dans la nature ou dans mon environnement quotidien des phénomènes sonores quasiment musicaux qu’il n’y aurait pas besoin ni de mixer ni de monter, comme des plans séquences cinématographiques qui sont déjà des petits films en eux-mêmes. Au fil du temps, l’architecture, les grottes, les forêts, les bords de lac ou de mer sont devenus les auxiliaires de mes enregistrements. Ils apportent des spécificités permettant de les colorer ou de les habiller. C’est ainsi que je me suis mis à enregistrer d’autres musiciens dans ces contextes. En 2007, j’ai enregistré Frédéric Nogray dans une multitude de lieux car ses bols de cristal dans la simplicité de leurs sons interagissent beaucoup avec l’espace dans lequel ils sonnent. Nous avons recommencé en 2013 de façon plus complexe dans des grottes ou dans une forêt pour un disque à sortir avec Keiji Haino, chanteur en interaction avec les animaux et les crissements fugaces d’une forêt la nuit. La forêt offre une très belle qualité de réverbération car chaque branche, chaque feuille renvoient un peu le son mais les troncs ne cassent pas les ondes des fréquences graves ce qui est très beau. D’autres expériences encore… Alors, la musique du lieu c’est un peu tout ça à la fois, c’est, pour les magnifier, enregistrer les arcs que Denis Tricot fait interagir avec l’environnement. C’est les enregistrer dans un contexte sonore. Il y a donc le son des arcs, l’espace qui forme ce son, lui donne une couleur et il y a ce qui se passe autour qui dialogue avec ce que fait Denis. Parfois on ajoute une dimension de mouvement, de déplacement qui dynamise la production sonore ou la transfigure. Dans ce dernier cas, on prend des risques, il y a du déchet mais on rend possible le surgissement de l’évènement inattendu magique. Nous expérimentons donc à partir d’un enregistrement dynamique qui s’oppose à un enregistrement neutre. On peut même penser que l’interaction entre production sonore et enregistrement est à l’origine de notre musique. 

Des extraits sonores des enregistrements de la résidence préparatoire sont disponibles sur cette page.

 

 

Denis Tricot et Eric Cordier Eric Cordier musicien, plasticien, performer est perpétuellement à la recherche de matière musicale au travers de multiples démarches et dispositifs complexes. Denis Tricot, sculpteur, compose avec de fines lattes de peuplier de 3 mètres de haut qu’il assemble bout à bout pour former des fils de bois ou qu’il bande d’une drisse de nylon blanc pour construire des arcs. Ses planches, associées et entremêlées, installées ou manipulées, inventent une écriture à l’échelle de l’espace public. Elles créent un jeu tonique de courbes et de suspensions qui engage un dialogue avec le site « visité ». Les deux artistes collaborent ensemble depuis 2003 sur le projet musical et chorégraphique Pied d’âne – art et travail et ont imaginé ensemble les lutheries monumentales (L’Orgue de bois, Danse et orgue de bois et Grandeur nature). Ils poursuivent ici leurs recherches sur la mise en mouvement de la matière, la gestuelle de production sonore et la musique des bruits, des matériaux et des lieux. Lutheries monumentales Denis Tricot et Eric Cordier construisent des sculptures-instruments dont la caractéristique est de dépasser l’échelle humaine. Ce sont des instruments de musique à habiter. Depuis 2003 et L’Orgue de bois, première des lutheries, près de 70 instruments dans des sites différents ont été construits, mesurant parfois jusqu’à 60m de long et 8m de haut. Planches, câbles et drisses constituent la matière vivante de la sculpture-instrument, corps sonore amplifié qui se joue à mains nues ou avec mailloches, objets, archets. Grandeur nature poursuit cette aventure en construisant en trio avec le danseur Gilles Viandier de nouveaux instruments libres dans leur facture et dans leur dimension, ouvrant le propos à tous les lieux, intérieurs ou extérieurs, complètement dans leur résonnance. Pied d’âne – art et travail est un spectacle de scène qui allie sculpture gestuelle improvisée et musique électroacoustique sur la thématique du travail, plus précisément sur les métiers, l’artisanat, la petite industrie. Denis Tricot utilise comme instruments des arcs de peuplier de 3 mètres, qu’il manipule et emmêle. C’est ce qu’il appelle sculpture gestuelle. Sur les diffusions des compositions électroacoustiques préexistantes d’Eric Cordier, il transforme à la vue du public ses gestes et matériaux du travail en gestes et matériaux de l’expression artistique. Même opération pour Eric Cordier avec les sons des activités quotidiennes et de la petite industrie qu’il collecte depuis plus de 10 ans et qui forment la matière de ses compositions. Quelques lieux de diffusion de leurs collaborations : Forum de Bonlieu, Annecy (74), Conservatoire national des Arts et Métiers, Paris (75), Festival Mémoires Vives, Act’Art 77, La Ferté-sous-Jouarre (77), Le Petit Faucheux, Tours (37), Festival Longueur d’ondes, Brest (29), festival NPAI, Parthenay (79), Festival Brûlure des langues, Paris (75), Festival Synthèse, Institut de musique électroacoustique de Bourges (18), Notte Bianca, Arco di Constantino, Rome (Italie), Festival Dièse 1, Cumulus, Dijon (21), Domaine départemental de La Roche Jagu (22), Festival Musiques de rue, Besançon (25), Centre de Beaulieu Poitiers (86), Amphithéâtre du Pont-de-Claix (38), Château de Venaria Reale (Italie), Collège des Bernardins, Paris (75), Rue Kogalniceanu, Cluj-Napoca (Roumanie), Carreau du temple, Paris (75), Festival Médium radio à Aureilhan (40).

 

ERIC CORDIER
www.ericcordier.fr

Son intérêt pour les musiques traditionnelles et anciennes l’ont mené à pratiquer la vielle à roue en interaction avec des traitements électroniques dans le cadre de l’improvisation. C’est ainsi qu’il aime mener, dans la longue durée, des projets aux caractéristiques bien distinctes : duo avec Keiji Haino ; Enkidu (avec Seiichi Yamamoto (Boredoms) et Chie Mukai ; Phéromone (avec JL Guionnet et Pascal Battus) ; Suture (avec Seijiro Murayama), Tore (avec JL Guionnet à l’orgue d’église)… Il est également compositeur électroacoustique dans une veine concrète et producteur à France Culture depuis 1990. En 2014, il a obtenu une résidence de la ville de Saint Laurent du Maroni (Guyane) afin de s’isoler durant deux mois dans une cellule du bagne de façon à transposer en musique les soupirs qui y ont été murmurés pour la composition d’une pièce électroacoustique. En 2013, il a été en résidence 5 semaines au musée Franconie de Cayenne (histoire naturelle) afin d’enregistrer la faune de la forêt tropicale et de la restituer au public sous la forme de concerts, conférences et de réaliser l’habillage sonore du musée. En 2012, il a été lauréat de la bourse de l’Institut Français (ex villa Médicis hors les murs) 2 mois de résidence au Japon dans la région dévastée par le tsunami et l’accident nucléaire afin d’y réaliser une pièce électroacoustique sur la base de témoignages. Ce projet est devenu un Atelier de la Création pour France Culture en 2013. En 2011, il a été en résidence (novembre-décembre) à la station d’étalonnage de l’Institut d’Astrophysique Spatiale d’Orsay avec le soutien du programme “création et imaginaire spatial” de l’Observatoire de l’Espace du CNES. Le résultat a été présenté en concert en 2012 au festival Sidération et sous la forme d’un atelier de création pour France Culture en 2013.
http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-de-la-creation-integration-2013-12-26 Depuis 2008, il est l’assistant du compositeur Jean Claude Eloy pour les concerts. Après des études en archéologie (avec une formation de phytosociologie appliquée à l’archéologie) et d’histoire de l’art (vacataire en archéologie pour financer ses études de 83 à 87), il est diplômé d’esthétique (musique, vidéo et philosophie) DEA université de Paris I, 1994. Thèse d’ethnologie/science des religions EPHE 2002 sous la direction de Roberte Hamayon. Sa formation de plasticien le conduit à mener des projets à la frontière des arts plastiques et de la musique (réalisant des environnements sonores dans les années 90), des sculptures-instruments l’Orgue de Bois & Grandeur Nature avec Denis Tricot (80 réalisations à ce jour). Il compose aussi pour la danse contemporaine : Manu Laskar (les chiens de Navarre) en 2007 et 2014 (Gold), Elizabeth Saint-Jalmes depuis 2010, Marion Bae 2008… et pour le vidéaste Scorpène Horrible depuis 2006, ainsi que pour la revue en ligne Purpose. Il travaille actuellement régulièrement avec les danseurs contemporains et chorégraphes Benjamin Dukhan, Gilles Viandier (Université de Nanterre 25/10/13), et Lotus Edde-Kouris (« Le chant des nus », création en cours). Ses musiques (une trentaine d’album) sont publiées internationalement, les différentes pièces ayant été créées dans les festivals Synthèse (Bourges), Why Note & Diese (Dijon), Tramway (Rouen), Mémoire Vives /actart77, Excentrique (Chaumont sur Loire), Licences (Paris), Ca vaut jamais le réel (Montreuil), Bonlieu Scène Nationale (Annecy), RME (Chartres) et jouées à Futura (Crest) en 96 et 08, au Merlan (Marseille), au Drakkar- Dieppe Scène Nationale.

DENIS TRICOT
www.denis-tricot.com

Denis Tricot, sculpteur, improvisateur, adepte des arts mélangés, a toujours voulu que sa sculpture soit élément de spectacle. Sa réalisation la plus dépouillée, les « sculptures éphémères envahissantes », présentent une relation étroite entre les gestes du sculpteur et la sculpture en construction, pensée toujours comme une mise en mouvement de la matière. Elle s’ouvre tout naturellement à la musique, à la danse, au texte, aux autres expressions plastiques. Ainsi il réunit autour de Promenade d’Artiste, structure de production, une équipe de partenaires, artistes de toutes les disciplines pour créer des spectacles ou des interventions artistiques pour des sites, des villes, des paysages, des territoires dans lesquels vivent, travaillent ou se promènent des gens. « Dés le 1er spectacle en 1991, j’ai établi ma création dans la transversalité et dans une relation particulière au site et au public. Depuis 1991, au cours de plus de 400 interventions en France et dans une Europe ouverte jusqu’à la Turquie, jusqu’au Viet Nam, j’ai entraîné nombre d’artistes de toutes les disciplines dans les espaces ouverts, extérieurs et publics le plus souvent, des espaces à partager avec tous les publics y compris les moins spectateurs, les plus immergés dans la vie, les plus immergés dans le site. Nous avons cherché à chaque fois les voies d’une réelle proximité avec eux, engageant des expérimentations pour accorder les sculptures au théâtre, à la poésie, aux musiques expérimentales, à la danse contemporaine, à la publication orale de textes littéraires. Expérimentations pour que se frottent les arts dans un extérieur vaste et enivrant pour les pratiques habituellement du dedans, pour inventer une sculpture gestuelle, pour construire des sculptures éphémères envahissantes, des sculptures-promenades, des sculptures-livres, des sculptures à habiter, des sculptures instantanées, des architectures sonores de rue, des itinéraires dramatiques improvisés. » D.T Sites et territoires, ici et ailleurs Une collaboration étroite avec le théâtre d’Izmit en Turquie dés 98 amène le sculpteur à organiser durant l’année 2000 des actions artistiques dans les tentes-villes des réfugiés du séisme d’août 99. C’est à ce moment là que s’engage une étroite collaboration avec l’Institut culturel français d’Istanbul qui lui permet de créer en 2001 une base pour l’expérimentation artistique à Istanbul. Il organise des tournées d’artistes français en Roumanie et en Ukraine, accueillies par le réseau culturel français et soutenu par l’AFAA dans le cadre du programme « artistes pour le monde ». Il développe à ce moment là les bases d’une sculpture sociale qui part à la rencontre des lieux ordinaires ou extraordinaires habités par des gens ordinaires ou extraordinaires. Il pose le principe du partout et pour tous, expose ses arts mélangés dans un réseau qu’il se constitue avec des institutions qui inaugurent à l’occasion leur implication dans l’exposition des arts dans les extérieurs. Soutenu depuis plus de 20 ans par les collectivités locales (Département du Cantal, Région Auvergne entre 1991 et 2007, puis Département de Charente-Maritime et Région Poitou-Charentes depuis 2008 – convention), il reçoit régulièrement le soutien du Ministère de la Culture (Drac Auvergne – convention de 2001 à 2009, DMDTS ou DGCA sur des dispositifs ponctuels, Drac Poitou-Charentes). Ces soutiens ont permis que l’expérimentation artistique continuelle débouche sur des créations tout en développant des outils d’action artistique pour les territoires. De nombreux projets s’écrivent alors sur ces territoires et permettent d’y travailler des créations.
C’est dans ce cadre que sont imaginées en 2004 les Journées Cantal de Promenade d’Artiste, rencontres originales d’une population d’un département rural avec les différentes formes d’expressions artistiques contemporaines au moment ou il est artiste associé au théâtre d’Aurillac (15). De 2007 à 2009 s’engage un travail au long cours avec l’Agglo Royan-Atlantique autour des lutheries monumentales et des Arts mélangés, puis de
Denis Tricot – Promenade d’artiste. Musique du lieu. Page 10 sur 10
2011 à 2014 une résidence d’artiste-associé à La Canopée de Ruffec (16) qui permet d’explorer de nouvelles formes théâtrales transversales dont Visites sculptées. En 2013-14 une collaboration avec le CSCS – Théâtre de La Couronne (16) aboutit à un soutien pour la création d’un opéra d’extérieur Ciel ! Un opéra de feu sous les étoiles. Depuis 2005 la municipalité de Mortagne-sur-Gironde met à disposition l’Etoile, ancien cinéma de la commune qui devient une nouvelle base pour l’expérimentation artistique. Depuis 2012 le Conseil de l’ordre des architectes de Transylvanie à Cluj (Roumanie) l’associe à Scena Urbana, son projet pour les espaces publics pour lequel il invente chaque année des interventions nouvelles. Il est diffusé en Grande Bretagne depuis 2000 par l’agence de Brighton Arts Agenda.

Photos : Jean-Claude Ribeyre, Denis Tricot et Eric Cordier.

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